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ici, photo d'un baptême.

L'Abbé Maurice vous invite à découvrir la richesse du sacrement de baptême.

 

Le sacrement du baptême

L'eau du baptême

Le statut de l'eau baptismale

Le baptême s'inscrit dans un symbolisme commun des rites d'eaux des différentes religions et de l'Ancien Testament et de Jean-Baptiste mais il a aussi quelque chose de tout à fait original.

Pour comprendre tout la richesse du baptême, il ne faut pas la réduire à la célébration sacramentelle avec de l'eau réelle. De même, il ne faut pas réduire le baptême de Jésus à celui fait par Jean-Baptiste dans le Jourdain. Le véritable baptême de Jésus, c'est sa mort, en tant qu'offrande de toute sa vie. Jésus doit à tout prix plonger dans les eaux de la mort (Lc 12,50; Mc 10,38-39). Eaux considérées comme utérus dévorant.

Jean-Baptiste plonge les gens dans l'eau réelle et semi-emprisonnées du Jourdain, symbole d'imperfection. Jésus, par contre, plonge le monde dans un vent sacré et un feu d'en haut parfaitement libres (et non emprisonnés) et exclusivement symbolique (Mt 3,11). L'unique baptiste est Jésus. La dimension rituelle du baptême des Apôtres "dans le souffle saint" se concrétise dans l'événement de la Pentecôte au contact du feu d'en haut (Ac 2,3) et il n'y a pas d'eau (ni réelle, ni symbolique) dans cet événement.

Le Nouveau Testament parle rarement du rituel du baptême avec de l'eau (Ac 8,36). Par contre, la pratique apostolique la plus primitive effectuait toujours le baptême par l'immersion du baptisé dans de l'eau réelle. La Didache exigera que ce soit de l'eau courante, vive. La bible ne précise rien, par contre (Ac 16,15). Le bain, le lavage, le baptême célébré à la maison (Ac 9,18) attestent qu'on pouvait déjà utiliser l'eau emprisonnée des vasques et des bassins.

Les six fonctions de l'eau baptismale

1. Une plongée dans la mort: (Rm 6,3-4.8; Col 2,12) comme le tombeau matrice, l'eau emprisonnée symbolise la puissance de la mort.

2. Une libération: exode, sortie du tombeau, des eaux de la mort (Rm 6,13). Le baptisé est ressuscité avec le Christ (Col 2,12), il vit avec lui d'une vie nouvelle, source de notre salut (1 P 3,21). C'est l'antitype de l'arche de Noé. Avec le nouveau Testament la vie nouvelle n'est plus biologique, naturelle mais surnaturelle, divine. Le baptême est le véritable exode de l'esclavage à la liberté (1 Co 10,1-2). Le baptême libère l'homme de l'eau emprisonnante de la mort mais il libère aussi l'eau elle-même (sur le plan réel et symbolique) au sens où Dieu libère l'eau emprisonnante et emprisonnée.

3. Une purification morale: Cet élément se trouve explicitement déjà dans le baptême de Jean-Baptiste (Mc 1,4). Le baptême du Christ est la libération définitive: "Il est mort au péché, une fois pour toutes (Rm 6,10) et nous sommes aussi morts au péché" (Rm 6,2.11). Certes, Jésus n'a pas connu la mort morale causée par un péché personnel mais en plongeant dans les eaux exclusivement symboliques (son vrai baptême), autrement dit en mourant, il s'est librement laissé engouffrer par l'utérus dévorant de la mort (physique et morale tout à la fois) car le Christ s'est fait "péché" pour nous (2 Co 5,21). Le Christ a donc expérimenté le plus creux de la condition de l'homme, emprisonné et avalé par le péché au point d'en perdre la vie. A la résurrection, Jésus est "mort au péché" une fois pour toutes (Rm 6,10), en détruisant la mort (2 Tm 1,10), il a enlevé le péché du monde (Jn 1,29).

Le chrétien, avant le baptême, est dans une situation de mort à cause de ses fautes personnelles (Col 2,13). Comme pour le Christ, son véritable baptême est sa propre mort, en tant qu'elle devient offrande de toute sa vie. Au moment où il s'immerge dans l'eau réelle, symbole de la mort morale (utérus dévorant du péché) et physique, il expérimente le plus creux de cette mort. En ressortant de l'eau, il sort du péché pour entrer dans le régime de la grâce (Rm 6,14; He 10,22).

4. Une incorporation: le sens étymologique du mot "baptisthenai" vient du verbe baptw qui signifie "plonger". Ainsi, les baptisés sont plongés dans le Christ, incorporés dans le Christ (Gal 3,27), dans le Nom du Père, et du Fils et du Souffle Saint (Mt 28,19). C'est une intégration à Dieu lui-même. Nous sommes les membres du Corps du Christ (Rm 12,4-5).

5. Une alliance: Les rites de lustration juifs enlèvent les souillures du corps, le baptême va infiniment plus loin, c'est "l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu" (1 P 3,21). Ce n'est pas un simple accueil passif d'une purification, c'est un engagement actif, une réponse au don de Dieu en se donnant soi-même à lui.

6. Une justification et une sanctification: (1 Co 6,11) Après la purification des souillures morales, la mise à part des baptisés pour constituer un peuple sauvé des eaux, le baptisé a un statut ontologique complètement nouveau qui exige un comportement nouveau.

Conclusion

Les deux éléments essentiels du baptême sont l'immersion et l'émersion. Le prototype du baptême chrétien est celui de Jésus:

- plongée dans les eaux exclusivement symbolique du mal, du péché, de la mort (Passion du Christ)

- l'exode, la sortie de ces eaux exclusivement symbolique, au 3e jour, pour déboucher sur une vie d'en haut désormais exempte de toute limite, c'est l'événement de la Résurrection.

C'est l'expérience absolument finale des eaux exclusivement symboliques qui constitue la substance du baptême chrétien. Autrement dit, le baptême sacramentelle insère la vie toute entière (la mort faisant partie de la vie en tant qu'elle est offrande de toute sa vie): dès ma conception dans le sein de ma mère, j'entre dans le processus de vie mais aussi de mort ! D'un point de vue théologique, le baptême des petits enfants va donc de soi. Le symbole sacramentelle ne doit donc pas oublier de montrer que le baptême n'est pas que l'instant de la célébration mais toute la vie, de la conception à la mort. Le rite sacramentel réalise le baptême dans toute sa plénitude mais ce dernier déploie sa grâce sur la vie toute entière, durant mon histoire. La plénitude, la Pâques, le passage, le plongeon véritable et définitif, c'est la mort, là où je ne peux plus "tricher" face à Dieu et son jaillissement des eaux dans la résurrection dans une vie nouvelle incorporé à la Trinité tout entière de façon définitive et parfaite.

 

Le rite sacramentel du baptême dans l'eau réelle consiste essentiellement à anticiper l'expérience finale dans un rite initiatique. Le plongeons dans l'eau réelle donne au catéchumène d'expérimenter symboliquement sa propre mort (extinction du souffle de vie par son état de péché). En émergeant de l'eau, il expérimente symboliquement le salut éternel, le don du Souffle de Vie d'en haut. Il reçoit cette vie par la grâce et l'expérimente dans la foi et la charité. Le symbolisant (tout le rite) est l'expression visible d'une réalité invisible, l'au-delà de lui-même, autrement dit le symbolisé (mystère de la vie et de la mort et la suppression du mal moral et du don de la Vie). Le rite "met ensemble" (sumballein) la partie accessible et la partie inaccessible d'une même réalité de notre expérience humaine. Il reconstitue en une seule réalité totale le présent et l'avenir absolu de l'homme dans l'éternité de la vie divine reçue.

 

Le baptême est un long processus qui va de l'immersion-émersion initiatique dans l'eau réelle du baptême (englobe toute la vie dès la conception) jusqu'à l'immersion-émersion dans l'eau exclusivement symbolique de la mort.

Le baptême peut être commencé sans l'eau réelle, c'est le primat absolu du don de la foi qui plonge dans le baptême (rituellement ou non). En saint Jean, l'eau libre (ou semi-libre avec valence positive) est souvent le symbole du don de la foi.

Dans le dialogue de Jésus avec Nicodème (Jn 3,3.5), l'éveil à la foi est une naissance par en haut (renaître). Ce n'est pas le rite du baptême qui est le symbolisant ici mais les eaux matricielles de la femme (naissance au monde d'en bas) pour évoquer une autre naissance inobservable, le symbolisé, la naissance à la Vie même de Dieu. par un don purement gratuit qu'est le don de la foi. "Naître d'eau et de souffle de vent" ne met pas ensemble le rite sacramentel et le don de la foi par l'Esprit-Saint. En fait, l'eau et le souffle de vent est une même réalité sous deux aspects: l'Esprit est cause du don de la foi qui permet de renaître d'en haut et la libération de l'eau vive est l'effet immédiat de ce don de la foi. Le vent contribue, en effet, à libérer les eaux, de même, c'est l'Esprit (souffle d'en haut) qui est à la source de l'eau libre, il permet aux eaux emprisonnées et emprisonnantes du mal du péché et de la mort, (utérus dévorant) de libérer l'homme pour qu'il puisse renaître à la vie divine. C'est un long processus de croissance qui s'étale, comme la vie naturelle, sur notre histoire. A chaque instant, le chrétien doit renaître d'en haut ("respirer et boire") d'eau et de souffle.

Le mythe de la traversée de la mer (Exode), du Jourdain (entrée en Terre promise) et de la marche sur les eaux (dépassement de la condition humaine) seront réalisées qu'à notre mort et, dans toute sa plénitude, à la fin des temps.

 

Corollaire liturgique et pastorale du baptême

Le choix du rite

Il y a trois manières d'utiliser l'eau au baptême mais aucune forme ne rend totalement, sur le plan pédagogique, toute la richesse symbolique:

- l'immersion (plongeon total de la personne baptisée dans l'eau)

- l'aspersion (comme l'eau bénite)

- l'infusion (ou déversement).

. Dans le baptême d'immersion, c'est l'eau emprisonnée (au moins à demi) qui prédomine avec sa valence principalement négative (plongeon dans la mort) mais il en ressort et accède à la vie nouvelle. Le symbolisme matriciel de la réabsorption des souillures et de la nouvelle naissance joue à plein. L'homme renaît et est libéré des eaux. Par contre, le symbolisme de la libération de l'eau elle-même reste dans l'ombre où à peu près. L'eau n'est pas libérée. L'immersion met mieux en valeur le fondement pascal du rite, l'incorporation au Christ mort et ressuscité.

Dans le baptême par aspersion ou par infusion, c'est l'eau libérée qui prédomine avec sa valence positive et masculine: le candidat reçoit l'eau qui est pour lui semence d'une vie nouvelle et lui communique sa propre limpidité (transparence, pureté). Par contre, le symbolisme de la plongée matricielle reste dans l'ombre ou à peu près, seules les mains du ministre s'immergent pour recueillir l'eau à libérer sur la tête du baptisé. L'aspersion et l'infusion mettent mieux en valeur l'action génératrice de l'Esprit et l'accès du baptisé à une transparence morale toute nouvelle.

On peut combiner les deux ou du moins expliquer la richesse symbolique qui apparaît le moins dans le rite choisi. L'explication du symbolisme de l'eau emprisonnée puis libérée en parallèle avec les eaux intra-utérines qui se libèrent à la naissance (délivrance).

 

Le mémorial du baptême durant la vie chrétienne

La veillée pascale en est le sommet. L'immersion-émersion du cierge pascal (baptême dans le feu) dans l'eau contenue (symbole de la mort) est essentiel. Le rite de l'eau libérée sur l'assemblée est aussi important, c'est un renouvellement de son baptême. Le contact avec l'eau réelle du baptême est important à ce moment-là.

Dans le cadre pénitentiel, on a remis en valeur l'aspect communautaire, la valeur de la Parole de Dieu, l'accueil des pénitents et la variété des formules et l'imposition des mains. Mais tout cela touche le coeur, la raison, l'esprit de foi plus que les profondeurs de l'inconscient.

L'aspersion a aussi sa place au début d'une célébration pénitentielle car, le sacrement du pardon est un "second baptême". Il commémore le baptême et vise à réintégrer le pénitent dans la plénitude de la vie d'en haut et la pureté morale symbolisées par l'eau libérée au cours du baptême. Lavage des souillures, réabsorption du mal moral dans l'eau de la mer, passage de la mer -Exode-libération, désert (ascèse), passage du Jourdain à la terre promise, héritage (renaissance) pourrait être contenu dans le sacrement de pénitence. Dans un monde qui, comme Pierre, s'enfonce dans les eaux et qui, lui, n'a plus le courage ni la lucidité voulus pour tendre la main au Seigneur qui nous relève, le symbolisme de l'eau, archétype rejoignant le fond de l'inconscient peut favoriser le retour à la conversion. Ceci bien plus que des "flots de paroles".

L'aspersion du début de la messe a disparu (même l'eau des bénitiers parfois). Il s'agit de réintroduire ce rite à des moments bien choisis de l'année liturgique.

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